L’industrie de la fourrure en France maintient le plus grand des secrets sur l’élevage des animaux à fourrure, notamment l’élevage des visons. En effet, il n’y a rien de glamour à montrer des animaux entassés dans des cages minuscules et grillagées, qui finissent gazés pour que leur dépouille se retrouve sur un col, une veste ou un accessoire.
En 2010, 160 000 visons ont été tués en France selon les chiffres indiqués par l’industrie de la fourrure, contre 150 000 l’année précédente. Une vingtaine d’élevages est dénombrée en France (impossible d’obtenir le chiffre exact !) Une chose est sûre : comme partout dans le monde, les visons sont détenus dans des cages étroites et grillagées avant d’être gazés.
A Emagny dans le Doubs, un éleveur de visons pour la fourrure, s’est implanté en 1985 sur la base d’une simple déclaration, pour un élevage de 1 000 visons. Au fil des années l’élevage s’est étendu, il détient désormais 9 000 animaux au plus fort de la population annuelle selon le rapport d’une consultation publique menée en 2010. Cette consultation publique fait suite à la demande de l’éleveur d’avoir jusqu’à 11 500 visons !
Cet élevage a fait particulièrement parler de lui ces dernières années suite aux interventions de la CPEPESC, Commission de Protection des Eaux, pour ses irrégularités. En 2002, cette association prévenait déjà la préfecture que l’élevage n’était pas conforme, tant d’un point de vue sanitaire que réglementaire. Sur la base du Code de l’environnement et de l’urbanisme, la Préfecture a alors mis en demeure l’éleveur de mettre ses installations en conformité avec les lois.
Le commissaire enquêteur indique dans son rapport que “les carcasses de la production 2009 n’avaient pas été enlevées par l’équarrisseur mais consommées par les animaux présents sur l’élevage au moment des abattages étalés dans le temps”. L’Est républicain, dans un article publié le 16/12/2010, rapporte les propos de l’éleveur « Oui, mais le vison est un carnassier qui mange 80 % de viande et, sur 450 tonnes que je leur donne à manger par an, il doit y avoir 5 ou 8 tonnes de vison ». Le rapport indique en effet que l’éleveur a broyé les carcasses puis les a mélangées au reste des aliments habituels consommés par les visons. Cette pratique est prohibée en raison des risques sanitaires, mais il n’y a visiblement pas de petites économies !
Les petits naissent en mars/avril. Ces animaux sauvages très actifs ne connaîtront que les cages de l’élevage. Il faut préciser que ces animaux semi-aquatiques ne pourront jamais prendre de bains d’eau. Leurs déjections sont épandues sur les terres, principalement céréalières, d’agriculteurs voisins.
Un document de la Chambre d’agriculture du Doubs indique que les animaux sont gazés au mois de novembre dans une cage hermétique reliée au pot d’échappement d’un moteur thermique. Jusqu’à présent, les animaux étaient dépouillés sur place et les peaux exportées aux Pays-Bas. Selon l’éleveur, à partir de 2010, ce sera désormais la société belge Euromink qui récupérera les cadavres des animaux et les dépouillera.
A l’issue de l’abattage annuel, il reste 1500 animaux dans l’élevage.
Les installations, situées sur la parcelle haute du domaine de l’éleveur, sont en totale illégalité puisque celle-ci est sur une zone boisée classée, non constructible. Cette parcelle compte selon le rapport de la consultation publique 3 bâtiments couvrant 1130 cages et une annexe de 1280 cages. Les scellés d’une partie des cages qui ne pouvait être utilisée ont été détruits par l’éleveur afin d’y remettre des visons !
Le 15 décembre 2010, le tribunal a condamné l’éleveur à détruire les ouvrages illégalement construits sur la parcelle haute de son domaine. L’Est républicain indique que pour ce faire un délai d’un mois lui a été accordé, faute de quoi, il devra payer 20 € d’astreinte par jour de retard. Cela, en plus d’une amende de 500 euros, ainsi que 1 500 euros à verser à la CPEPESC et 1 euro symbolique à la protection animale.
Fourrure Torture suivra de près l’évolution de ce dossier et espère que cet éleveur respectera enfin ce jugement.
"L’Union fait la force" : cette expression résume avec brio une journée mouvementée qu’a connue la petite commune d’Emagny en ce 21 janvier 2012. Cette journée restera gravée dans les mémoires de ses riverains habitués au calme régnant dans le village. En effet, suite à l’appel de l’association Combactive, à venir manifester ce jour, plus de 200 participants ont répondu présents.
De nombreuses associations, dont Fourrure Torture, se sont unies pour demander la fermeture définitive de l’élevage de visons situé aux abords de la commune d’Emagny. Outre la cruauté de l’industrie de la fourrure, cet élevage ne répondant pas aux normes sanitaires et environnementales imposées par la loi, des mouvements écologiques ont élevé leur voix pour exprimer leur mécontentement et réclamer immédiatement la destruction de la partie illégale de l’élevage. A l’unisson, les manifestants se sont dirigés vers l’élevage. Les portes paroles des associations représentées ont pu exprimer leurs revendications. Avec un mélange de sentiments, la marche a repris en direction du centre ville d’Emagny où déjà les prochaines étapes pour fermer cet élevage étaient discutées.
Suite à la manifestation de janvier 2012, l’association Combactive a été reçue, à sa demande, par la préfecture de Besançon. La discussion menée faisait référence au jugement rendu en 2010 : les bâtiments construits illégalement sur la zone boisée protégée devaient être détruits dans les 3 prochains mois. Ce jugement n’est toujours pas appliqué en février 2012, l’élevage présentant toujours des irrégularités. La préfecture a assuré tout mettre en oeuvre pour contester la non application du jugement. Les associations de défense animale et de l’environnement saisiront le tribunal si la procédure n’aboutit pas.
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